Pratiques
didactiques du rapport expérimental au
vivant.
La
première partie présente un "état
des lieux" de l'"expérimental" dans l'enseignement
de la biologie.
Il s'agit, tout
d'abord, de clarifier la multiplicité des enjeux
relatifs à l'expérience dans l'enseignement
de la biologie.
Il s'agit,
ensuite, de mieux connaître des pratiques. Le
questionnement sur l'évolution des pratiques
scolaires est conduit selon plusieurs registres :
historique, pédagogique et didactique. Plusieurs
études, relatives aux textes officiels et aux
manuels scolaires sont présentées. Les
enquêtes, concernant les conceptions des
enseignants, sont discutées. Plutôt qu'une
"épistémologie spontanée des
enseignants", homogène et structurée, ce
sont plutôt des "conceptions
épistémiques",
hétérogènes et susceptibles de
variation, qui apparaissent dans les différentes
enquêtes, menées à différents
niveaux du système éducatif.
Il s'agit,
enfin, de mieux connaître les pratiques
réelles. Les problèmes relatifs à la
connais-sance de ce qui se passe réellement dans
les classes sont ensuite explicités, et quel-ques
résultats d'enquêtes commentés.
Cette
première partie permet ainsi de cerner un ensemble
de questions qui seront reprises dans les parties
suivantes : celle relative à la "fausse
évidence" du recours à
l'expérimental dans un apprentissage scientifique,
celle relative aux contraintes et aux difficultés
d'une expérimentation réelle sur le vivant
en situation scolaire, celles de mise en
cohérence, de légitimité et
d'authenticité des pratiques expérimentales
scolaires.
La
deuxième partie propose une analyse des pratiques
scientifiques expérimentales du vivant.
Différents points
de vue, se recoupant, sont développés :
point de vue historique, point de vue
épistémologique et point de vue
anthropo-logique. Le rapport expéri-mental
présente des aspects épistémiques,
certes, mais également éthiques,
éco-no-miques et anthropologiques. En effet, le
rapport expérimental qu'établit un
chercheur ou un praticien avec le vivant se distingue
d'autres rap-ports possibles, par exemple, un rapport
pratique, affectif ou bien encore symboli-que, bien qu'il
soit possible que ces divers registres interagissent.
L'expérimentation,
méthode d'investigation et de vali-dation parmi
d'autres dans les sciences biologiques, emprunte souvent
instruments et techniques à d'autres disciplines,
mais doit inventer des stratégies
spécifiques. La question de l'expérimental
en biologie a toujours été difficile. Elle
nécessite le recours à l'analyse et la
réduction de la complexité du vivant,
tandis que les produits conceptuels
élaborés ne peuvent être soumis
complètement au critère de falsification de
Popper, ni représentés sous forme de lois
comme en Physique. La Biologie évolue entre "loi
et histoire" comme l'analyse Jean Gayon.
En reprenant les
indicateurs épistémologiques de la
fondation d'une science expéri-mentale du vivant
proposés par Claire Salomon-Bayet, les relations
entre rapport expérimental et
représentations du vivant, ainsi que les
défis théoriques, éthiques et
pratiques de l'expérimentation, sont
analysés.
Le "cas Pasteur"
illustre les nom-breux déplacements conceptuels et
matériels, les mises en tension et les
interactions de la construction d'un rapport
expérimental au vivant. Dans la controverse sur
l'origine des micro-organismes, étudiée
dans le cadre de ma thèse, si le vitalisme de
Pouchet a constitué un obstacle, il a cependant
contribué à faire évoluer les
protocoles expérimentaux du chimiste. Une approche
biologique de la chimie du vivant nécessite, en
effet, le dépassement du vitalisme mais une
méthodologie qui respecte le maintien en vie ; les
obstacles à l'expérimentation biologique
représentent, en fait, des stimulants de
l'invention des protocoles.
L'étude
des rapports entre les expériences et les
écrits (carnets de laboratoire, comptes rendus
expéri-mentaux, inscriptions diverses) contribue,
en outre, à examiner les fonctions scientifiques
et sociales de l'expérimentation.
Cette
deuxième partie permet ainsi de mettre en avant la
"résistance du réel" dans
l'expérimentation du vivant et, suivant en cela
Jean-Marie Legay, reprend une vision élargie de
l'expérience, très éloignée
de tout dualisme théorie/pratique, et qui
intègre de façon interactive
expérimentation, modélisation, mise en
Šuvre de techniques, démarche d'enquête et
observation active. En conclusion, un tableau comparatif
d'indi-cateurs pour distinguer perspective empirique et
perspective expérimentale est
présenté.
La
troisième partie analyse les pratiques didactiques
du rapport expérimental au vivant.
Les formes,
scolaires (de la maternelle au lycée) et non
scolaires (dans les musées ou dans les
associations de culture scientifique), des
expériences relatives au vivant sont
analysées, et leurs fonctions (investigation ou
illustration) élucidées.
Cette partie
examine les différents rapports de
l'élève à l'expérimentation
du vivant. Elle souligne l'importance de la constitution
à l'école d'une "propédeutique"
d'expériences, et les rôles éducatifs
du développement d'un rapport au vivant. Elle
analyse les interactions entre les conceptions du vivant
et la construction d'un rapport expérimental. En
comparant investigation du vivant et investigation de la
matière, elle présente les apports
complémentaires des différentes disciplines
scientifiques scolaires dans l'élaboration, par
l'élève, d'un rapport
épistémique à
l'expérimentation et à la science.
Elle s'efforce,
ainsi, de présenter et de clarifier les
différentes perspectives possibles des pratiques
didactiques du rapport au vivant : perspective
expériencielle, perspective empirique
contrôlée et perspective
expérimentale. Le rapport à l'écrit
et le rapport à l'instrumentation sont
présentés comme moments du rapport
expérimental.
En abordant la
cohérence de la construction d'un rapport
expérimental au vivant, dans le
dévelop-pement du curriculum et dans la formation
des enseignants, cette dernière partie avance une
perspective curriculaire. Elle caractérise des
enjeux, et interroge les différentes perspectives
d'un rap-port expérimental au vivant et leurs
articulations, au cours d'un apprentissage ou dans la
structuration progressive de la biologie scolaire. Elle
présente des outils conceptuels pour aider
l'enseignant à effectuer des choix
nécessaires, pour la mise en Šuvre et pour
l'animation d'activités scolaires
expérimentales.
Ainsi, une
pratique expérimentale scolaire nécessite
le dépassement de plusieurs
représentations-obstacles,
présentées dans un tableau
synthétique, et sollicite un ensemble de
ressources cognitives de l'élève, qu'en
retour elle peut transformer. Mais dans le cadre
scolaire, il y a souvent un amalgame de plusieurs
fonctions éducatives, et les enseignants ont du
mal à mettre en cohérence les perspectives
didactiques de l'expérience et leurs interventions
pédagogiques. La proposition de différents
modes didactiques que j'avance (mode de familiarisation
pratique, mode d'investigation empirique et mode
d'élaboration théorique) a pour but d'aider
à clarifier les différents choix,
alternatifs ou successifs, à court terme ou
à long terme, relatifs à
l'expérimental dans la classe.
Contact :
m.coquide@wanadoo.fr